Interview de Psytronic avec Arno Cormann (guitars, vocals) et David Devone (guitars)

par notre reporter Phil Fuck

15 novembre 2005


1. Peux-tu rapidement nous présenter ton groupe ?

Arno Cormann : (rires). Mon groupe ? Si l'on entend par "mon", le groupe que j'ai crée, j'irais dans ton sens mais "mon" sous-entend que les 3 autres ne sont que des intérimaires et cela, je le refuse même si au fond, ils sont sur la sellette à chaque seconde (rires) ... Je dirais plutot qu'ils sont subsidiaires. Trêve de plaisanteries, PSYTRONIX a été fondé en 1998 par Fred Villeneuve (guitariste sur "Gone with the time") et moi-même. Nous jouons du Rock Metal. Pourquoi cette appellation ? Tout simplement parce que nous ne faisons ni du Elvis Presley moderne et ni du vieux Metallica ! Les étiquettes sont nuisibles mais pourtant inévitables de nos jours. Le Rock est pour moi une musique très ouverte de par ce joli néologisme qu'est "vasteté" contrairement au Metal qui, malgré quelques tentatives de certains groupes, a tendance à s'encroûter et à se reposer sur ses acquis. Donc, nous jouons une musique à la fois limitée dans le temps et artistiquement et à la fois intemporelle et sans barrière. Un superbe paradoxe qui va très bien avec nos quatre personnalités. On peut donc dire que nous sommes en phase avec nous-même.

2. Vous venez de Perigueux, que se passe t-il au niveau métal dans cette contrée ?

BLACK SABBATH, LED ZEPPELIN et KING CRIMSON sont nés à Perigueux. John Kalodner y a passé toute son enfance ! (rires). Il ne se passe strictement rien mon gars ! Le punk-rock est l'un des styles les plus joués mais cela reste infime. Donc, pour faire court, Perigueux est une ville très calme où il fait bon d'être vieux mais comme disait Daniel Balavoine :"Tout c'qu'on veut c'est être heureux, être heureux avant d'être vieux".

3. Ce qui m’a marqué immédiatement en écoutant vos compos c'est le son épuré de celles-ci ?

David Devone : En effet, mais ce son, nous ne l'avons pas particulièrement cherché. On a enregistré ce maxi dans une ambiance assez sereine, les morceaux nous venaient comme ça ... bien sûr on avait déjà quelques idées. Ce qui en ressort, ce sont ces morceaux beaucoup plus simples que ce que nous pouvions faire dans le passé. Nous sommes allés à l'essentiel, on a évité les morceaux à rallonge.

4. Même si il semble être trop tôt, peux-tu nous parler du "retour" à la sortie disque ?

Arno : En effet, c'est un peu tôt pour le dire. T'as une autre question ? (rires). Remarque, je pourrais m'improviser politicien et clamer : "J'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions en me retirant de la musique". Cela me dit vaguement quelque chose. Plus sérieusement, la réponse est dans ta question. Je crois qu'un hors-série Les Accrocs du Metal : Special Psytronix s'impose d'ici trois ou quatre mois ! (rires)

5. Qui fait quoi au niveau des compos dans le groupe.

David : Dans le passé, Arno composait près de 90% du répertoire de PSYTRONIX, et il a voulu changer la donne avec ce nouveau line-up. Donc aujourd'hui, tout le monde essaie de mettre son grain de sel aux compos. On ne se fixe pas de limites ... on prend les idées de tout le monde et si ça colle, on bosse dessus ensemble. Il n'y a pas de règles comme il pouvait y en avoir dans le passé.

Arno : Je pousse même les autres à écrire ce qui est difficile compte-tenu du fait qu'ils n'ont pas forcément confiance en ce qu'ils font. C'est dommage car le peu que j'ai pu entendre est assez bon. Mon role de leader est aussi d'écouter tout le monde et d'essayer de satisfaire tout un chacun tout en conservant une cohérence au sein du collectif. Il serait ridicule d'établir des quotas car la musique de PSYTRONIX en pâtirait sûrement. En contrepartie, je soumet les autres au douloureux exercice du compromis. Sans compromis, on avance pas et je ne veux pas d'un groupe où chacun reste campé sur ses positions sans prendre ses responsabilités et sans savoir se taire par moment. A long terme, ça risquerait d'exploser et de finir dans un bain de sang comme dans "Bullfighter".

6. Moins de comparaison avec Megadeth avec votre nouveau matériel ?

David : Beaucoup moins. Il faut dire que nos albums précédents ont été composé alors que nous étions très jeunes et il est évident que MEGADETH a représenté une grosse influence a l'époque. "Success of a renewal ?" représente en quelque sorte un nouveau départ pour le groupe (nouveau line-up, nouveau mode de fonctionnement dans la composition ...). On ne voulait pas tourner en rond, on voulait faire un truc plus rock, moins typé metal classique. Cela a donné des morceaux assez variés et surtout qui ne nous faisaient pas penser à MEGADETH.

Arno : C'était, pour être franc, un des buts de ce maxi, sortir du carcan dans lequel on s'était enfermé bêtement. J'en suis même devenu particulièrement irritable au point que je m'auto-censurais par moment par peur de trop y ressembler. Il faut bien se dire que tous les groupes ont plus ou moins des influences marquantes et pour notre cas, ce fut MEGADETH mais aussi d'autres groupes de metal. Au jour d'aujourd'hui, nous sommes intéressés par tellement de choses que parfois on a même peur de se perdre dans une musique hybride, disparate et lourde. Ces influences ne seront pas forcément intégrées au sein de PSYTRONIX mais elles joueront un énorme rôle dans l'ambiance et l'esprit de notre musique. Je suis la charnière principale de ce groupe. J'ai posé les fondations mais les autres ont des choses à dire et il serait injuste de systématiquement comparer PSYTRONIX à MEGADETH. Lyle (Monterrey, le batteur) est très branché par les musiques électroniques, David (Devone, l'autre guitariste) et Xavier (Deroma, le bassiste) par le metal au sens large et moi par les groupes des 70's et les musiques traditionnelles voire world. Tout ce melting-pot risque de promettre pour notre prochain disque.

7. Des reprises dans votre répertoire ?

Oui, nous jouons quelques reprises. Nous reprenons "Stick it out" de RUSH, "Get out" de FAITH NO MORE et "Kidnapped" d'ARCADE. Je tiens, malgré peut-être quelques réticences venant des autres, à ce que nous reprenons des morceaux. "Stick it out" est un morceau assez metal pour RUSH et il pourrait même appartenir à PSYTRONIX. Je trouvais ça cool de reprendre un morceau similaire à notre répertoire et qui plus est pas très connu, même des fans de RUSH. Tu vois où je veux en venir !? (rires).

8. Une question que je pose à tous les groupes : avec quels groupes (Français ou étrangers) rêveriez vous de partager la scène ?

David : Il est sûr qu'une tournée avec AEROSMITH, AC/DC, ou METALLICA nous botterait bien ... sinon sans aller jusque là, on aimerait bien partager la scène avec des groupes comme FREAK KITCHEN, PAIN OF SALVATION, ANATHEMA, RUSH, AUDIOSLAVE, MUSE ... Désolé pour les groupes français, mais je vois pas avec qui nous aimerions jouer.

Arno : C'est vrai que niveau groupe français, je suis un peu avare. J'ai du mal avec la nouvelle scène rock française. Les seuls artistes français que j'écoute sont Jacques Brel, Charles Aznavour, Daniel Balavoine ... des auteurs hors pair, volubiles qui vivaient leurs chansons sans forcément les vendre à tout prix, sans les "imposer" aux gens et sans plan de carrière. Ils chantaient avec leur coeur et leurs tripes. Ces mecs n'étaient pas particulièrement séduisants au sens propre, ils n'affichaient pas une pseudo-perfection par l'attitude mais cultivaient probablement leurs "défauts" physiques, leurs imperfections pour pousser au paroxysme leurs messages généralement modestes et justes. Etre irréprochable sous-entend que l'on doit plus rendre de compte, qu'on est plus attendu au tournant, sous les feux de la rampe. Bref, je m'éloigne. Aujourd'hui, il faut être beau, propre, mince, grand pour prétendre à s'adresser à une audience. Il manque de la spontanéité. Avant, c'était si incisif, si vrai qu'avec du recul, j'ai du mal à croire aux revendications ou aux messages récupérateurs de beaucoup de groupes ou artistes actuels.

9. Qu’est ce qui a été le plus dur dans la réalisation de « Success of a renewal ? » ?

David : Le plus difficile dans la conception de "SOAR" a sans doute été le mixage. Nous n'y connaissions rien en matière de mix et ce fût une vraie galère. On a passé 4 mois à mixer ce disque, ce qu'un vrai pro comme Mike Fraser, aurait mis 1 semaine. 4 mois pour un mixage, c'est très long, trop long. Il faut écouter avec attention chaque détail, et sur la longue, tu perds énormément de recul sur le rendu. On en est presque devenu fou !!! Le côté positif, c'est qu'il en ressort un très bon disque, donc nos efforts ont payé puisque les critiques sont vraiment très bonnes.

Arno : Pour reprendre ce qu'a dit David, nous étions nus face à nos morceaux. Nous avions passé tellement de temps à écrire que la mise à plat de toutes les idées a été fastidieux. Il nous manquait de la technique en matière de mixage mais les 2 précédents albums nous ont permis de ne pas refaire les mêmes erreurs et d'acquérir un peu d'expérience qui nous a servi finalement car le rendu final n'est pas si mauvais par rapport à ce à quoi on s'attendait. J'avoue avoir été très sceptique quant à la qualité de ce mix mais les différents retours de la part de proches ou de fans nous ont redonné confiance.

10. Et le plus plaisant ?

De pouvoir être libre dans l'invention et ne pas avoir de pression. C'est assez important en fin de compte. Dans l'ensemble, même si il y a eu pas mal de prises de têtes, on s'est bien marré.

11. Attaches-tu une importance plus grande envers la musique ou les textes ?

Ecoutez Monsieur, je m'engage aujourd'hui à répondre le plus franchement possible, sans langue de bois mais les deux ont de l'importance ... (rires) J'attache quand même plus d'importance à la musique. En écrivant une musique, je me laisse aller et fais confiance au temps. Et ce dernier fait une part de travail indéniable. Un texte est difficile à écrire car en très peu de lignes, on doit être clair, original et émouvant sans pour autant tomber dans l'emphase littéraire, la masturbation intellectuelle. J'essaie d'écrire des paroles un tant soit peu originales dans le sens où elles ne vont pas directement à l'essentiel et pousse le lecteur à réfléchir un tout petit peu. Je n'aime pas apporter tout sur un plateau d'argent. Aujourd'hui, les gens veulent se détendre après le boulot et sont prêt à tout gober, tout prendre ce qu'on leur donne pour ne pas avoir à se poser de questions. La télévision par exemple est un véritable fléau car la populace et même les couches sociales moins défavorisés n'ont ou plutot ne se servent quasiment que de ce moyen pour être en relation indirecte avec la société. Les amalgames sont vite faits et très rapidement relayés par les médias massifs. Tout est millimétré et la crise identitaire qui est en train de diviser le peuple est, selon moi, liée à cette désinformation et cette lobotomisation permanente que livrent les médias. Quand je regarde un débat politique à la télé, j'ai l'impression que rien n'a évolué. En surface, beaucoup de choses ont changé et parfois en bien mais au fond, le désespoir est en train de paramétrer l'avenir d'une manière ultra-organisée et très flippante. On est constamment mis dans des sortes de containers qui délimitent les formes de pensée. Si tu penses ça, t'es de gauche, si tu dis ça t'es de droite. Si tu réagis comme ça, c'est que tu es raciste ... etc ...
En conséquence, énormément de gens ont peur de penser par eux-même et craignent les autres, craignent d'être jugés. Leurs convictions en sont ébranlées, leurs ambitions, leurs origines, leur vision de la vie montrées du doigt. Et puis les têtes pensantes disent en gros :"Votre manque de culture ne vous permet pas de donner une opinion viable et suffisamment pertinente, laissez nous organiser et diriger ce pays, nous représentants, élus du peuple français". On nage en plein délire. En substance, je n'ai pas l'outrecuidance de dire que j'ai la solution mais c'est bien ça le problème. Tout le monde critique en bloc la société française mais personne ne veut se mouiller pour aller au front, sûrement par peur des autres encore une fois.

12. Des projets de tournée ?

On essaie de monter quelque chose et j'espère que cela va porter ses fruits. On en parlera dans le hors-série !!! (rires).

13. Je te laisse le mot de la fin

Merci aux Accros du Metal et à Phil plus précisément. Un grand merci à nos fans. Nous comptons sur vous pour soutenir le groupe !

[ Reporter ] - Les Accros du Metal