Interview de Many Moons Ago

par notre reporter Arctumeda ( Par Mail )

15 Aout 2008


1. Bonjour Luggh, comment est le moral après avoir fini cet album ? Enfin soulagé ?
Luggh : Le moral est plutôt bon, merci. Maintenant que le CD est fini, il y a bien sûr une grande satisfaction mais aussi un peu de frustration, je me dis avec le recul que j’aurais pu faire certaines choses différemment, changer ceci cela, etc. C’est mon côté perfectionniste. Mais à un moment donné, il faut se dire que le morceau est terminé et passer à la suite.

2. J’espère que tu ne m’en veux pas trop d’avoir pris autant de libertés pour la chronique, mais j’en voulais une aussi étrange que les différentes sonorités de ton album. Mine de rien ça a également été un gros boulot, qui m’a pris beaucoup plus de temps que pour une chro classique, car en plus de rédiger ma chro il a fallu transcrire les mots en images, qu’il a fallu trouver librement … Mais bon pour un tel album de qualité, c’était bien nécessaire !
Luggh : « étrange » ? Tu veux dire « originale » je pense… Enfin merci pour le compliment en tous cas. C’est vrai que ta kro est un peu déroutante de prime abord, mais l’important reste que les lecteurs aient envie de se pencher sur la musique après l’avoir vue. J’espère que certains se diront « il faut que j’aille écouter ça, la musique est tellement évocatrice qu’à défaut de mots, le chroniqueur a préféré des images pour en parler ».

3. En parlant de mélanges, c’est vraiment inattendu cette fusion des genres. Je l’avais déjà bien pressenti, mais de là à jouer des solos de Heavy Métal, riches en Wha-Wha et distorsion High Gain, dans un disque de Black Métal il fallait oser ! Ne crains – tu pas à ce niveau la critique des puristes ?
Luggh : Si, si, justement je tremble de peur ! Non sérieusement, je ne fais pas de la musique pour caresser un certain public dans le sens du poil, j’écris et je joue d’abord ce qui me plaît. Et puis je ne crois pas qu’on puisse classer Many Moons Ago dans le black métal pur et dur au seul motif que j’utilise une voix criarde. Sur « Whilom », il n’est pas question de satanisme ni de corpsepaint et il n’y a pas de blast beats, je doute donc que les die hard fans de Darkthrone ou Dark Funeral se précipitent dessus.

4. Tes morceaux comportent également pas mal de passages très purs, que se soit dans le registre bluesy ou dans l’acoustique. Peux-tu me parler en détail de tes inspirations dans ces deux genres, et ce qui t’a poussé a en insérer une quantité non négligeable dans ton album (écoutez «…And The Forest Fell In Silence (Feuersturm)» et «Whilom » pour plus de renseignements ).
Luggh : Bonne question, d’autant que je ne suis pas particulièrement fan de blues. Par contre j’ai étudié la guitare classique et il m’a semblé intéressant de marier l’acoustique et l’électrique pour varier les ambiances et mieux coller aux paroles, qui alternent sans cesse passages profondément tristes, nostalgiques et explosions de rage désespérée. Comme pour le premier CD « Of Mourning And Standing Stones », où les morceaux duraient plus de 13 minutes, j’ai voulu que l’ensemble reste aussi dynamique que possible et reflète l’intensité des émotions – positives, négatives, parfois contradictoires – dont chaque être humain fait l’expérience.

5. Ces passages acoustiques très propres contrastent vraiment avec tes parties de guitare saturée, qui sont très criardes et très sales, comme dans un disque de Black Métal de puriste. Ne penses – tu pas que la qualité des passages acoustiques est un peu salie par les distos de tes guitares électriques ? Pourquoi ne pas avoir alors composé des morceaux vraiment Black Métal, et d’autres uniquement acoustiques ?
Luggh : C’est un point de vue intéressant… Tu trouves donc que les guitares sont si sales que ça ? Moi je ne trouve pas. Mais quoiqu’il en soit, ce contraste est voulu et recherché, et je crois au contraire qu’il sert les compositions et souligne les textes. Ainsi combinées, je trouve les parties tristes plus tristes et les parties agressives plus agressives que si on les prenait séparément. Et puis, en tant que musicien, c’est un plus grand défi d’enregistrer un CD comme « Whilom » parce que je peux donner le meilleur et développer mon propre style, alors que dans un genre codifié comme le black métal je me sentirais vite limité.

6. En parlant de composition, comment t’y prends – tu pour réaliser un morceau du début jusqu'à sa finalisation ? Est – ce que le fait d’être tout seul ne facilite pas un peu les choses ( je pense surtout aux divergences artistiques ).
Luggh : Oui il ne fait aucun doute qu’être seul aux commandes offre beaucoup d’avantages. Je suis absolument libre de composer la musique que je veux, je n’ai de comptes à rendre à personne... Pour la composition, il arrive souvent que j’entende la musique dans ma tête avant même de prendre un instrument. Parfois c’est un riff métal qui sert de trame, mais en général j’utilise une guitare acoustique pour écrire les mélodies principales et l’ossature du morceau, à partir d’une histoire ou d’une idée de texte. Ensuite viennent se greffer les éléments métal et les divers arrangements.

7. En parlant de One Man Band, pourquoi est – tu resté seul ? Quelles sont tes motivations, et pourquoi ne pas avoir relégué certains postes, rien que pour l’enregistrement du cd, à d’autres musiciens partageant tes idées ?
Luggh : C’est à la fois une affaire de circonstances et de choix. Avant Many Moons Ago j’ai joué dans plusieurs groupes, et à chaque fois ça s’est mal terminé. Fin 2005 j’ai décidé que je ne voulais plus perdre de temps à cause de gens pas assez motivés ou pas au niveau, et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, j’ai monté mon propre projet, avec lequel j’ai depuis sorti deux CDs.

8. On sent la nature très présente comme source d’inspiration et de recueillement dans ton cd. Je pense notamment à « Acons Draped in Mist », et à son passage ambiant très réussi. Pourrais-tu me confirmer cela ?
Luggh : Absolument, la Nature est une source d’inspiration inépuisable, il m’arrive d’ailleurs souvent d’aller en forêt pour jouer de la guitare ou simplement me promener. En tant qu’adepte du paganisme, la Nature et les arbres en particulier ont naturellement une place très importante dans ma vie, et donc dans la musique de Many Moons Ago.

9. Cela confirme d’ailleurs ton talent pour les talents d’ambiant. Un projet supplémentaire en perspective ?
Luggh : Non, je n’ai pas le temps ni l’envie de faire un side-project à l’heure actuelle, mais qui sait ? Pour l’instant je pose quelques bases pour les morceaux du prochain CD. C’est un nouveau challenge de taille puisqu’il sera 100% acoustique dans la lignée d’Ulver, October Falls, etc.

10. Bon, je pense avoir fais le tour de la question. Si tu as quelque chose à rajouter, je te laisse la parole.
Luggh : Merci à toi pour cette interview et ton soutien. Pour rappel le nouveau CD « Whilom » est disponible sur myspace.com/bandmanymoonsago ou par email à : luggh@hotmail.fr dans une édition strictement limitée à 199 copies numérotées à la main, donc ne traînez pas !

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